12 août 2012

Le respect des Hommes : un des piliers du Lean ?

Elle avait passé plusieurs mois à organiser cette fête pour l’anniversaire de sa fille. Elle avait dépensé beaucoup d’argent et d’énergie.

Le résultat était plutôt réussi. Alors pourquoi cet air triste tout à coup ?

Elle parlait de son travail à ses voisins de table …

De loin j’entendais « on a des tableaux avec une productivité à faire, on doit mettre du rouge, comme à l’école, si on n’a pas fait le chiffre. Quand on est en rouge, le chef nous houspille sans arrêt pour qu’on aille plus vite ».

Elle mettait tout le temps du rouge car le rythme était impossible à tenir. Il était imposé par des gens de bureaux qui ne savaient pas de quoi ils parlaient, disait elle.

Le vert et le rouge m’ont tout de suite fait pensé au Lean d’autant que je savais qu’elle travaillait pour un équipementier automobile (pour ceux qui ne connaissent pas le lean, il s’agit d’une méthode d’amélioration continue développée par Toyota à la fin de la seconde guerre mondiale).

Quelques questions m’ont permis de valider mon hypothèse.

Il y avait une telle souffrance dans ce qu’elle racontait, dans son désir d’être en retraite le plus vite possible que, pour la première fois depuis que je suis consultant lean, j’ai douté du bien fondé de mon métier.

Heureusement, depuis j’ai réfléchi :D . Quand on applique les principes du lean, ce qu’elle explique est  juste … impossible.

Malheureusement, elle ne ment pas.

Comme beaucoup d’opérateurs, elle est victime de managers qui jouent à l‘apprenti sorcier avec le lean, en mettant en place des outils qu’ils ont vu ailleurs, dont ils ont lu le plus grand bien dans des articles … sans réellement comprendre dans quelle philosophie globale ils doivent s’insérer pour éviter les dommages collatéraux dont souffre cette personne.

Le respect des gens est un des piliers du lean

En l’oubliant, il a tout simplement créé une ambiance détestable, des employés motivés par … l’heure de la sortie, le week-end, les vacances ou la retraite.

Non seulement il doit vivre dans une atmosphère pesante mais surtout il passe à coté de tout de ce que des employés motivés pourraient lui apporter.

Il a probablement fait ça par ignorance plus que par méchanceté, comme beaucoup d’autres.

Je vous propose un test édifiant.

Si vous connaissez quelqu’un qui a fait une expérience lean, demandez lui de vous la raconter et voyez de quoi il vous parle  … vous comprendrez.

Il se peut que vous tombiez par hasard sur une personne qui a réellement investi du temps dans la compréhension, qui s’est fait accompagné dans la mise en oeuvre mais ces gens là sont tellement rares par rapport à tous les autres, ceux qui font du lean avec des « powerpoint », qui en parlent beaucoup mais en font peu … que je veux bien courir le risque de me tromper.

Spontanément, il va vous parler des machines qu’il a changées de place, du flux de produits qu’il a revu, de telle chaine de montage qu’il a réorganisée, des économies qu’il a faites, de son augmentation de productivité … Il vous parlera de technique et d’argent.

Il ne vous parlera des gens que si vous le demandez. Et, en principe, il va vous raconter combien c’était et c’est encore difficile :

- ils ont peur du changement

- ils ont peur qu’on leur en demande toujours plus

- ils ont peur d’être licenciés

- ils ont du mal à changer leurs habitudes

- ils ont du mal à respecter les standards …

Si vous posez une questions au sujet de l’augmentation des maladies professionnelles, les fameux TMS (troubles musculo squelettique), normalement devrait arriver la notion, fort à la mode, de BON et de MAUVAIS lean.

Le BON lean est en général celui qui est pratiqué chez celui qui vous parle  ;)

Il va d’ailleurs vous expliquer, que grâce à tel ou tel équipement, les opérateurs n’ont plus à porter de charges, ont la pièce bien positionnée … chose qui n’a été rendue possible que grâce à la mise en flux (traduisez « j’aurais aussi pu le faire avant sur les postes individuels mais ça m’aurait couté beaucoup plus cher« ).

On ne le répétera jamais assez : le lean n’est pas une boîte à outils !

La vocation du lean n’est pas non plus d’améliorer les relations humaines. Par contre, que vous le vouliez ou non, il a un impact considérable sur les relations entre vous et vos collaborateurs, vos collègues, vos supérieurs, vos clients, vos fournisseurs et sur l’ambiance globale dans l’équipe.

A vous de voir si vous souhaitez un impact positif ou un impact négatif comme dans le cas de mon histoire.

Vous avez tous les leviers entre vos mains.

Prenez une équipe normalement constituée et énervez tout le monde, toute la journée, tous les jours de l’année avec :

- Des cadences intenables

- Du stress

- Des pièces défectueuses

- Des pièces manquantes

- Des retards

- Des reproches

- Un chef qui s’agite autour des gens sans apporter d’aide

- Des problèmes récurrents non traités

- Des trucs qui trainent, qui ne fonctionnent pas, qui sont perdus …

Ajoutez y un manque de communication, d’organisation et de considération et … vous avez mis en place tous les ingrédients pour avoir des conflits tous les jours.

A l’inverse, associez votre équipe à la résolution de ces différents problèmes, faites les grandir pour les rendre capables d’appréhender seuls des problèmes de plus en plus complexes et la réussite de votre entreprise deviendra la leur. Ecrire un chiffre en rouge ne leur donnera pas l’impression de retourner à l’école parce qu‘ils sauront pourquoi ils le font et ce qu’ils peuvent en attendre.

Leur rythme de travail ne viendra pas de gens des bureaux mais de mesures faites avec eux, des gens « normaux » faisant les tâches dans des conditions « normales ». Ces temps seront tenables, même en fin de poste lorsque la fatigue aura fait son oeuvre …

Si vous n’énervez pas vos clients en étant en retard ou en fournissant de la mauvaise qualité, ils ne vous téléphoneront pas en hurlant, ils n’agresseront pas votre chef … et il vous laissera tranquille, confiant en votre aptitude à gérer proprement les choses.

Et vos fournisseurs ? si vous ne leur mettez pas le couteau sous la gorge pour gagner trois francs six sous en les menaçant de vous adresser aux pays « low cost », ils seront mieux en mesure de vous livrer en temps et en heure des produits de bonne qualité et … contribueront à ne pas « énerver » toute votre structure.

Et si personne n’est énervé, l’ambiance sera zen, sympathique et, pour la plupart, les gens viendront travailler avec plaisir au lieu de venir comme s’ils allaient au bagne.

Que faire en pratique ?

Juste appliquer quelques conseils de bon sens pour ne pas courir le risque de rater votre conversion lean et passer à coté de toute la richesse de l’aventure humaine associée.

Les conseils que je vais vous donner sont concentrés sur le respect de la personne et sur la création d’un environnement agréable, calme et serein, dans lequel les gens apprécieront de travailler.

Dans des conditions de travail agréables, respectés, considérés, ils appliqueront naturellement les mêmes principes envers vous, leurs collègues et … l’ambiance générale, les relations sociales en seront transformées.

A très bientôt

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « Rapports humains » organisé par le blog Copywriting Pratique. Si vous avez lu cet article et qu’il vous a plu, alors merci de cliquer sur ce lien : J’ai aimé ce que j’ai lu !

7 Comments

  1. Anne-Laure

    13 août 2012 at 19 h 17 min — Répondre

    Très juste !
    C’est vrai qu’on nous parle de technique et d’argent quand on raconte des « améliorations » mais ce sont des « coups », pas de l’amélioration continue.
    Un jour, tout le monde comprendra qu’il vaut mieux de l’amélioration tous les jours, menée par tous les salariés qu’un coup de temps en temps. C’est comme ça qu’on obtient la motivation des salariés, la satisfaction des clients et de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise.

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  4. Madeleine

    17 août 2012 at 8 h 21 min — Répondre

    Bonjour Michèle,

    J’ai aimé ce que j’ai lu. J’ai aimé car l’article met noir sur blanc deux manières d’être en communication.
    J’ai aimé car j’ai pensé à plusieurs personnes que j’accompagne et je ressens églament le fossé qu’il y a entre une productivité tournée vers le profit ou une productivité qui passe par une relation humaine pour atteindre le même profit.
    Je me réjouis de lire la suite.
    A bientôt.

  5. Lucile

    17 août 2012 at 10 h 15 min — Répondre

    Bonjour Michèle, tes posts sont une excellente source de réflexion au fil des semaines. Bravo pour ce blog clair et original. Lucile

  6. Didier

    20 septembre 2012 at 11 h 21 min — Répondre

    Bonjour Michèle,
    Il me semble que ce que tu dis rentre dans les lois systémiques. Trois d’entres elles : 1/ Besoin de reconnaissance en rapport au rôle de chaque éléments du système. 2/ Besoin de reconnaissance en rapport à la fonction de chaque éléments du système. 3/ Equilibre entre donner/recevoir.
    A+ pour te lire plus loin. Didier

  7. Louis Alexandre

    29 novembre 2012 at 12 h 16 min — Répondre

    Article très intéressant.
    Les projets LEAN sont souvent pilotés sur la base de leurs aspects financiers uniquement, comme tout projet. Toutefois, les aspects d’amélioration de vie au travail, voire de développement de la capacité collective et individuelle à traiter les problèmes, à proposer et mettre en place des améliorations opérationnelles, sont également cruciaux pour la réussite de ces projets.

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